Jour 12 : Chandler / New Richmond

 

01-07-2019, par Marie

 

On ouvre les yeux ce matin et on trouve qu’il y a un peu plus de lumière dans la chambre que d’habitude (oui oui notre auberge n’est pas équipée de volets). Youpi il fait beau ! Les Canadiens du Québec vont pouvoir célébrer leur fête nationale sous un grand ciel bleu.

 

Gilda, la propriétaire, nous concocte un divin petit-déjeuner, nous avons même eu le luxe de choisir notre menu la veille. Nous papotons longuement avec quelques membres de la famille de Gilda, nos compagnons de tablée pour l’occasion. Nous apprenons des choses passionnantes sur le passé de la sœur de Gilda. Quand elle était enfant, le gouvernement a alloué des terres gratuitement à sa famille (et à bien d’autres encore), charge à elle de les exploiter et de les faire fructifier. Sur ces terres rocailleuses, rien ne pouvait malheureusement pousser, mais la sœur de Gilda, ses parents et frères et sœurs se sont tout de même construit une vie sur place. Le gouvernement québécois, ne pouvant tirer aucun bénéfice de cette concession, a décidé de les exproprier et a ensuite brûlé la maison familiale. Le terme de « colon ou colonne » désigne ces gens-là.

 

C’est assez surprenant, il n’y aucune rancœur ni d’un côté ni de l’autre ; au contraire, la fierté d’appartenir à ce territoire de la Gaspésie prend largement le dessus. Plus on explore le Québec, plus on se rend compte que les provinces du Canada constituent des pays dans le pays. Les Québécois savent nous renseigner sur leur province mais aucunement sur les contrées voisines.

 

Bon, il faut qu’on se bouge, d’autant plus qu’on doit revenir sur nos pas puisque le programme a été modifié la veille pour cause de grosse bouillasse brumeuse. Direction donc Percé, 40 km plus au nord. Nous décidons d’explorer en long, en large et en travers le parc national de l’île-Bonaventure-et-du-Rocher-Percé (tout ça oui !).

 

Percé est un village magnifique, il eût été dommage qu’on explore ses infinis trésors sous le brouillard. La dernière colline avant le parc révèle en contrebas un paysage féérique : la double baie de Percé, l’île Bonaventure et, posé sur la mer, le rocher Percé, symbole de toute une province, voire de tout un pays. Il fait 20 degrés, la journée commence bien !

 

Après avoir cherché un petit moment la manière dont le parc fonctionne, nous embarquons à bord d’un petit bateau. Nous approchons au plus près de rocher Percé, un bloc qui a façonné, sous l’effet de l’érosion, une magnifique arche. Notre guide nous apprend qu’il se détache chaque année plus de 300 tonnes de roches et que de ce fait, ce bijou de la nature est voué à disparaitre. On ne lui souhaite en tout cas pas le même destin que la fenêtre d’Azur de Malte.

 

Nous continuons notre route vers l’île Bonaventure dont nous faisons le tour. Je n’ai jamais été à l’aise sur la flotte et aujourd’hui ne fait pas exception. Je repère vite fait les trappes où sont rangés les gilets de sauvetage et parviens tant bien que mal à me concentrer sur le récit passionnant du guide. Domi est imperturbable… comme elle dit, on n’a pas les mêmes angoisses.

 

L’île Bonaventure est un sanctuaire pour les oiseaux migrateurs qui viennent s’y reproduire. On en compte environ 250 000 parmi lesquels les fous de Bassan, une sorte de petit goéland, mais aussi les cormorans, les mouettes et autres petits pingouins. Ces colonies optent pour les parois rocheuses car elles savent qu’aucun prédateur, le renard roux en premier lieu, ne viendra les déranger. Les oiseaux viennent se reproduire sur ce nid géant, pondent ensuite leurs œufs dans les interstices des parois et nourrissent leurs petits jusqu’à l’âge adulte (environ 5 semaines). Au mois d’octobre, les voyageurs reprennent leur route, direction le Golfe du Mexique. Les fous de Bassan sont d’excellents plongeurs, ils ciblent de loin leur proie et plongent à la verticale pour l’attraper.

 

Nous accostons et décidons avec Domi de faire la rando la plus longue, en sens inverse, pour toujours être côté mer (et oui, quand on croise un randonneur, on respecte le sens de circulation de la route). Le parcours totalise une dizaine de kilomètres avec un peu de dénivelé, des vues à couper le souffle et surtout la rencontre avec la colonie des fous de Bassan, 110 000 au total. On aurait pu passer des heures à observer ces oiseaux, à s’amuser de les voir se prélasser sur les rochers, à s’émouvoir de l’amour que la mère porte à son petit, à prendre partie dans les querelles des mâles convoitant la même femelle… mais il faut avancer car le bateau ne compte pas nous attendre.

 

Nous retournons sur le continent, non sans avoir pris une bonne douche sur le bateau. Le choc de l’eau sur le rafiot m’a transformé en vraie serpillère, j’ai d’ailleurs servi de poncho à Domi et les passagers s’en sont bien amusés.

 

Nous nous baladons dans le village de Percé, calme, paisible, tranquille alors que nous sommes en haute saison. Nous engageons assez facilement la conversation ça et là, les Gaspésiens ne sont pas sauvages pour deux sous. D’ailleurs ils nous tutoient d’entrée de jeu, totalement décomplexés et ça nous va bien.

 

On a encore un peu d’énergie alors on se dit que le Géoparc peut conclure de la meilleure des manières notre journée. Ce complexe, relativement récent, explore 500 millions d’années d’histoire de la terre et se concentre notamment sur la géologie du rocher Percé. Il propose surtout de nombreuses activités de plein air. Nous optons pour une petite randonnée de 4 km pour accéder à un observatoire particulier. Il s’agit d’une plateforme vitrée suspendue à plus de 200 mètres avec une vue époustouflante sur le village. Les sujets au vertige s’abstiendront.

 

Encore une fois, nous faisons de belles rencontres qui nous donnent à chaque fois un peu plus la banane. Les gens sont d’une gentillesse et tellement spontanés.

 

Allez, on essaie de ne pas se faire avoir comme hier, on redescend sur un rythme un peu plus soutenu. Waze, notre meilleur compagnon de route, nous indique 2h15 de route pour New Richmond. Sur la route, nous traversons tout un tas de patelins aux consonances anglophones, c’est assez surprenant sur un territoire francophone. Nous passons également par la Baie-des-Chaleurs, c’est l’explorateur Jacques Cartier qui l’a nommée ainsi car, tout comme le Valais en Suisse, cet endroit jouit de températures bien plus élevées qu’ailleurs en Gaspésie. Ici on ne trempe pas deux orteils mais le pied tout entier !

 

On arrive à notre Motel du soir, le « Francis », où l’on rechargera les batteries pour une journée encore dense demain, direction la ville de Québec.

 

 

Les mots du jour : on commande une bière en fût si l’on veut une pression, on dira une lettre de présentation pour une lettre de motivation, une cuisinette pour une kitchenette, présentement pour dire « en fait » et bien entendu, le traditionnel « tu vas bien ? » pour dire bonjour.